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Pourquoi entretenir les Turcs dans l’idée d’une adhésion européenne sans véritable intention de le faire est politiquement bien pire que d’assumer un non immédiat 29 janvier 2014

Posted by Acturca in Economy / Economie, France, Turkey / Turquie, Turkey-EU / Turquie-UE.
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Atlantico.fr (France) Mercredi 29 janvier 2014

Bastien Alex *, Propos recueillis par Damien Durand

François Hollande a annoncé qu’un référendum serait organisé en France pour se prononcer sur une adhésion de la Turquie à l’Union européenne. Une manière de botter en touche sans que l’UE se positionne fermement sur un refus.

Atlantico : François Hollande a annoncé lundi 27 janvier que se tiendrait en France un référendum pour l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne, ce qui retarde encore une prise de position claire. Quelles peuvent être les conséquences d’une telle posture qui risque de générer une frustration ? Quels sont les risques diplomatiques ?

Bastien Alex : La situation avec la Turquie est une première car on n’a jamais vu un pays officiellement candidat pour intégrer l’Union européenne ne pas finir par y adhérer. Cependant, je ne sais pas s’il faut parler de risque diplomatique car il ne faut pas croire que la Turquie se lève le matin en disant « quand est-ce que j’adhérerai à l’UE », et le pays ne s’arrêtera pas de fonctionner si cela devait ne jamais se faire.

François Hollande prend une position qui n’est pas réellement engageante. Il maintient donc le doute qui pourrait à terme être préjudiciable non pas sur le plan diplomatique, mais plutôt économique puisqu’une bonne partie du patronat turc est favorable à l’adhésion et pourrait finir par exprimer sa désapprobation en empêchant des entreprises françaises d’obtenir des contrats.

Après, la position française n’est pas un scoop et je doutais fort que François Hollande fasse une annonce claire au sujet de l’adhésion de la Turquie. Les négociations sont maintenant ce qu’elles sont et le processus continue. De toute façon, depuis deux ans, de nombreux dirigeants turcs ont également changé leur discours comme le président Abdullah Gül, ou le ministre des Affaires européennes Egemen Bagis, qui prennent maintenant leurs distances avec l’UE jugée vieillissante et déclinante économiquement.

Le risque que je déplore, c’est l’utilisation du processus d’intégration à des fins de politique intérieure dans les deux pays. On laisse ainsi la porte ouverte à des dérapages, de fausses prises de position et une radicalisation des opinions publiques. Conséquence : le turco-scepticisme européen et l’euro-scepticisme turc se nourrissent mutuellement.

Si on ne veut pas de la Turquie dans l’UE, pourquoi retarde-t-on l’annonce claire d’un refus ? Pourquoi essaie-t-on de gagner du temps ? Quel est l’objectif recherché ?

Dire clairement « non » tout de suite n’a pas de sens puisque nous sommes officiellement engagés dans un processus de négociation. De plus, l’opinion publique n’est pas figée dans le temps, elle est réversible. Donc le statu quo est aujourd’hui l’option politique la moins risquée pour les dirigeants. Erdogan par exemple ne va pas prendre un tournant pro-européen d’un seul coup, son opinion y étant hostile. La situation d’immobilisme actuelle est donc la solution qui arrange le mieux les deux parties, et il n’y a pas de volonté de prendre de décisions tranchées sur le sujet.

De plus, dans le cadre des négociations, il y a actuellement 14 chapitres ouverts sur les 35 prévus, et personne n’a vraiment idée de ce que sera la Turquie dans 10 ans et de son niveau de respect des critères exigés. De même, personne ne peut vraiment prédire où en seront les institutions européennes pour ce même horizon.

En faisant traîner la situation, au risque de braquer la Turquie, ne perd-on pas l’occasion d’accords fructueux avec ce pays ? Une adhésion qui ne se fait pas, sans qu’un arrêt clair pour repartir sur d’autres bases soit annoncé, n’entraîne-t-elle pas des pertes commerciales ?

La situation des économies européennes ne reposent pas sur leurs relations commerciales avec la Turquie. La France a eu d’ailleurs assez peu de contrats ces dernières années, même si Areva a décroché, conjointement avec une entreprise japonaise, la construction d’un réacteur nucléaire. La perte est cependant difficile à quantifier mais la France ne représente plus aujourd’hui que 3% des parts de marché en Turquie (ce chiffre était encore à 6% en 2009). Il reste très délicat de faire des projections car je ne crois absolument pas à l’arrêt du processus de négociation. Ni l’UE, ni la Turquie n’ont intérêt à officialiser les tensions que tout le monde connaît.

Cette posture attentiste et sans résultat n’est-elle pas symptomatique d’une indécision européenne ? A force d’être flou avec des pays dont on ne veut visiblement pas, va-t-on perdre en attractivité pour des pays que l’on souhaiterait vraiment intégrer ?

Totalement. Aujourd’hui, l’Union européenne a un déficit d’attractivité à un niveau jamais atteint. On voit systématiquement maintenant des réticences à l’intérieur même des pays qui sont candidats. Cela me paraît dangereux, et clairement, l’exemple de la Turquie n’a pas bonne presse parmi les autres Etats. L’Union européenne, même si on ne peut la considérer comme un tout mais comme une multitude d’Etats différents, ne se rend pas compte le mal qu’elle fait à ses intérêts dans cette situation.

* Bastien Alex est chercheur à l’IRIS. Contributeur de l’Observatoire de la Turquie et de son environnement géopolitique, ses travaux portent sur la politique d’élargissement de l’Union européenne et principalement sur le processus d’adhésion de la Turquie.

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