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La banque centrale turque relève son taux directeur à 12 % pour soutenir la livre 30 janvier 2014

Posted by Acturca in Economy / Economie, Turkey / Turquie.
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Le Monde (France) jeudi 30 janvier 2014, p. SCQ3
Économie et Entreprise

Claire Guélaud

La banque centrale de la République de Turquie a créé la surprise en annonçant, dans la soirée du mardi 28 janvier, un relèvement massif de ses taux d’intérêt pour soutenir la livre et lutter contre une inflation élevée, contre l’avis du premier ministre, Recep Tayyip Erdogan.

Le taux directeur au jour le jour a été porté de 7,75 % à 12 %, alors que les économistes et analystes s’attendaient pour la plupart à un relèvement moindre, de 225 points de base, à 10 %. Le taux de prises en pension à une semaine a été porté de 4,5 % à 10 % et le taux d’emprunt à un jour de 3,5 % à 8 %.

L’annonce de la banque centrale a été saluée, mercredi 29 janvier, par les marchés, où la livre turque (LT) s’échangeait à 2,1855 LT pour 1 dollar et à 2,9855 LT pour 1 euro, en forte progression par rapport aux plus bas historiques qui avaient été atteints lundi à la mi-journée (2,39 LT pour 1 dollar et 3,27 LT pour 1 euro).

Dans un communiqué publié dans la nuit, la banque centrale a précisé qu’elle maintiendrait une politique restrictive jusqu’à ce que les perspectives d’inflation montrent des signes clairs d’amélioration. Mardi, la hausse des prix a été portée de 5,3 % à 6,6 %.

Le gouverneur de la banque centrale, Erdem Basci, avait laissé entendre dans l’après-midi qu’une hausse des taux se préparait. « Personne ne doit avoir le moindre doute sur le fait que la banque centrale utilisera tous les outils à sa disposition. La banque n’hésitera pas à prendre des mesures conduisant à un resserrement durable de la politique monétaire si cela se révèle nécessaire » , avait déclaré M. Basci. Il avait aussi insisté sur l’indépendance de l’institution qu’il dirige.

La précision n’était pas inutile car, peu avant de s’envoler pour l’Iran, le premier ministre turc avait mis en garde l’institution contre les conséquences d’un relèvement des taux. « Je suis opposé à une hausse des taux d’intérêt, comme je l’ai toujours été » , avait déclaré M. Erdogan. « Ils seront tenus pour responsables de tout ce qui peut arriver » , avait-il ajouté.

La banque centrale hésitait ces dernières semaines à relever ses taux de peur, analyse Sylwia Hubar (Natixis), de répéter le précédent de 2011. Une politique d’austérité avait alors abouti à une contraction draconienne de la demande intérieure et à un ralentissement très fort de la croissance, ramenée de plus de 8 % en 2011 à 2,2 % en 2012.

Toutefois, la situation a été jugée trop sérieuse pour qu’il soit encore possible de temporiser. La livre turque s’est dépréciée à plusieurs reprises depuis l’annonce en mai 2013 par Ben Bernanke, alors président de la Réserve fédérale américaine (Fed), d’un possible resserrement de la politique monétaire américaine. Elle a perdu 10 % depuis la mi-décembre 2013.

Interventions musclées

La banque centrale a dû intervenir à plusieurs reprises depuis le 11 juin 2013 pour soutenir la livre turque mais, malgré ses interventions de plus en plus « musclées » , la dégringolade de la monnaie a continué, rendant de plus en plus probable un changement de politique monétaire.

« Les responsables [turcs] ont enfin compris que leurs efforts pour resserrer leur politique monétaire sans augmenter les taux d’intérêt ont échoué » , se réjouissait dès lundi William Jackson, de Capital Economics. « La politique monétaire turque reste très imprévisible mais nous anticipons une hausse du taux au jour le jour de 7,75 % à 9 % » , avait-il ajouté.

Il y avait une certaine urgence à intervenir. Car, selon Mme Hubar (Natixis), les réserves de changes sont tombées « extrêmement bas, à 37,8 milliards de dollars [27,7 milliards d’euros] le 15 janvier » (contre 45 milliards à la mi-juin 2013).

L’économiste fait observer que la dépréciation de la livre renchérit le coût des importations énergétiques (la Turquie importe plus des deux tiers de ses besoins) et le coût du remboursement des dettes libellées en devises étrangères des entreprises. Elle décourage encore plus les capitaux étrangers dont la Turquie a besoin pour financer un déficit courant qui a atteint 7,2 % du produit intérieur brut (PIB) en 2013 (la dette extérieure en représentant 45 %).

Le pays, dont la note de crédit avait été relevée en 2012 et 2013 par les trois principales agences de notation financière (Fitch, Moody’s et Standard & Poor’s), est aujourd’hui secoué par les scandales de corruption qui ont contraint M. Erdogan à se séparer de plusieurs de ses ministres, à quelques semaines des élections locales et présidentielle du printemps et de l’été 2014.

Malgré ses difficultés, l’économie reste robuste : le PIB a progressé de 4,4 % en glissement annuel au troisième trimestre 2013, la consommation est soutenue et le marché du travail se porte mieux.

p. SCQ1

Tempête sur les devises émergentes

La tempête monétaire continue de souffler sur les pays émergents. Mardi 28 janvier, la banque centrale de Turquie a relevé son principal taux de 7,25 % à 12 %, pour tenter d’enrayer la dégringolade de la livre turque. Le matin même, son homologue indienne avait remonté le sien de 7,75 % à 8 %, tandis que, de son côté, l’Argentine lutte toujours contre l’effondrement de son peso face au dollar. De là à craindre un effet domino dévastateur, sorte de réplique des crises asiatiques et latino-américaines de la fin des années 1990, il n’y a qu’un pas. Pourtant, les économistes se veulent rassurants. Ils ne craignent pas la survenue d’un tel scénario.

Après l’euphorie de ces dernières années, les pays les plus fragiles sont ceux qui affichent les déficits extérieurs les plus importants et dont les infrastructures ne suivent pas leur développement industriel. En ligne de mire, notamment, le Brésil, l’Afrique du Sud, l’Inde, ou la Turquie. Les doutes sont aussi nourris par les incertitudes politiques, comme en Ukraine ou en Argentine. Mais ces faiblesses ne justifient pas la violence des mouvements observés.

D’autant que, par rapport aux crises précédentes, les finances de la plupart de ces pays sont plus saines et que les banques centrales n’hésitent pas à réagir, en dépit, parfois, des pressions politiques, comme en Turquie. Il reste que cette tourmente pourrait avoir des effets durables sur les taux de change et sur l’activité des entreprises multinationales.

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