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Inquiétudes sur les émergents : la Turquie dévisse 31 janvier 2014

Posted by Acturca in Economy / Economie, Turkey / Turquie.
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L’Opinion (France) 30 Jan 2014, p. 1

Pascal Airault et Cyrille Lachevre

Les devises de pays aux comptes courants lourdement déficitaires attaqués sur les marchés. Avec quelles conséquences ?

p. 7

La Turquie en première ligne dans la nouvelle crise des émergents

Les investisseurs sont en train de faire le tri dans les pays émergents, attaquant sur les marchés les devises de plusieurs économies aux comptes courants lourdement déficitaires Plusieurs devises de pays émergents ont été attaquées hier après la décision surprise de la banque centrale turque, suivie par son homologue sud-africaine, de relever les taux directeurs. La Turquie est menacée de crise de liquidités.

« La Turquie et l’Afrique du Sud ont échoué à sauver leur devise : n’attendez pas de savoir qui sera le prochain. Ne prenez plus de risque. Rachetez des obligations américaines. » Ce tweet, envoyé peu avant l’ouverture de la Bourse américaine, est signé Bill Gross, gourou mondial des marchés de taux et président du fonds de pension californien Pimco. De quoi accentuer la panique qui a gagné les marchés après que la banque centrale turque a, contre l’avis du Premier ministre Recep Tayyip Erdogan, relevé le taux d’intérêt au jour le jour de 7,75 % à 12 %. Un geste spectaculaire destiné à enrayer la chute de la livre turque, qui accuse un recul de plus de 11 % depuis le début du mois par rapport au dollar américain. D’abord en hausse dans les premiers échanges, celle- ci est rapidement repartie à la baisse, marquant l’échec de cette décision brutale. Il faut dire qu’entre-temps, la banque centrale sud africaine a opéré un geste similaire pour sauver sa propre devise, avec un succès tout aussi mitigé.

Simple correction ou début d’une longue crise ? Comme toujours avec les marchés émergents, il est difficile de distinguer l’un de l’autre. Après une première vague importante de sortie de capitaux l’été dernier, lorsque la Fed a annoncé son intention de réduire progressivement sa politique monétaire accommodante, les émergents sont entrés dans une nouvelle phase, marquée par plus de défiance sur leurs propres perspectives de croissance. « Ces pays ont engrangé des déséquilibres financiers importants au cours des dernières années, entraînant progressivement l’arrivée de capitaux spéculatifs, explique Isabelle Job, directrice des études économiques du Crédit Agricole SA. Des capitaux plus volatils, qui repartent à la moindre secousse. » Pas de panique pour autant : « Les problèmes qui se posent à certains émergents étaient connus de longue date et anticipés, selon un banquier. Simplement, ils se sont tous conjugués en même temps au cours des derniers jours, à la suite de la dévaluation de l’Argentine. » Surtout, « plus qu’à une correction généralisée, on assiste à un tri entre les émergents », ajoute-t-il.

Dans ce tri, c’est la Turquie qui apparaît comme le pays le plus fragile. Selon Fitch Ratings, le déficit de la balance des paiements a dépassé les 7 % du PIB en 2013. « Beaucoup d’analyses se concentrent sur la dette publique, qui est plutôt faible, à 34,8% du PIB, alors que la Turquie a surtout un problème de financement de ses déficits courants et de sa dette à court terme », résume Tania Sollogoub, économiste du Crédit Agricole SA. On estime à 200 milliards de dollars les besoins de financement extérieurs turcs. Selon les estimations qui circulent, la banque centrale disposerait de réserves d’environ 100 milliards de dollars. « Ce que les marchés n’ont pas encore vu et qui pourrait être potentiellement dévastateur, c’est que beaucoup de ces réserves ne sont pas disponibles, prévient un économiste. Celles pouvant éventuellement être mobilisées se limiteraient en réalité à 40 milliards environ. » Autrement dit, la Turquie est menacée d’une pénurie de liquidités, qui pourrait être désastreuse pour l’Etat et les entreprises qui y travaillent. Et il est peu probable qu’elle atteigne son objectif de croissance de 4% en 2014.

En Afrique, pourtant moins interconnectée aux marchés mondiaux, l’Afrique du Sud, première économie du continent, est très exposée, ainsi que, dans une moindre mesure, des pays comme le Ghana, le Kenya et le Rwanda. « Les pays les plus exposés sont ceux qui ont des déficits jumeaux et des comptes courants déficitaires », explique Carmen Altenkirch, directrice de l’Afrique subsaharienne chez FitchRatings. La banque centrale d’Afrique du Sud a relevé mercredi son principal taux d’intérêt, alors que sa monnaie, le rand, est au plus bas. Si le rand continue sa dépréciation, les risques d’inflation sont grands, la facture énergétique devrait grimper et la croissance, déjà faible (3,3 % prévus en 2014), devrait en pâtir.

Dernier motif d’inquiétude pour les marchés : l’Afrique du Sud et la Turquie ont en commun d’avoir des échéances politiques (élections locales et présidentielles) importantes dans les prochains mois. Ce qui ne plaide pas pour la mise en œuvre de politiques d’ajustement drastiques

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