jump to navigation

Le  » retour  » des enfants d’immigrés en Turquie 17 février 2014

Posted by Acturca in Immigration, Turkey / Turquie.
Tags:
trackback

RTBF (Belgique)  lundi, 17 février 2014

D. Van Ossel

50 ans après la première vague d’immigration turque en Belgique, des Belgo-turcs issus de la 2e ou 3e génération font le voyage inverse de leurs parents ou de leurs grands-parents. Ils partent vivre en Turquie. La migration de « retour », si l’on peut parler de « retour », est un phénomène difficile à quantifier mais des chercheurs en Belgique, en Allemagne ou aux Pays-Bas s’accordent à dire qu’il prend de l’ampleur, même s’il reste limité. Désormais, c’est la Turquie qui fait rêver…

Sur la terrasse de la Place du Marché, Levent Oksuz, 46 ans, est chez lui. C’est son lieu de sortie, l’endroit où il rencontre ses amis. Pourtant, il y a quelques années, entre ses deux pays, il avait choisi. Il avait tout plaqué en Belgique pour partir vivre en Turquie, près d’Ankara, avec sa femme et ses deux enfants.  » A partir de 2009, et déjà avec la crise en 2008, on a senti le vent tourner. On a senti que les choses allaient empirer en Belgique et en Europe. L’idée était de se dire qu’il est préférable de se réveiller dans un pays où on sait que le lendemain sera meilleur que de se réveiller dans un pays où on s’accroche à l’existant, aux acquis.  » Pour Levent Oksuz, la Turquie est synonyme de dynamisme, et d’opportunités. La Belgique, elle, n’est plus porteuse d’espoir :  » C’est ça qui m’a poussé à partir, c’est tout simplement la possibilité d’avoir un avenir pour moi et pour mes enfants.  »

Une dynamique inversée

La dynamique s’est totalement inversée par rapport à ses parents.  » Dans les années 50, la Belgique était un pays à croissance élevée, et là pour l’instant c’est la Turquie qui présente cette dynamique-là. La Turquie n’est plus un pays demandeur d’emplois mais bien un fournisseur d’emplois.  »

Finalement, Levent Oksuz a dû rentrer en Belgique. Il a divorcé de sa femme qui est Belgo-belge. Elle voulait rentrer en Belgique, ils ont deux enfants dont il a la garde une semaine sur deux… Il n’a donc pas eu le choix. Mais sa nièce, elle, marche dans ses pas. Ozlem Oksuz, 38 ans, s’apprête à quitter la Belgique avec son mari et leurs deux enfants pour aller vivre en Turquie. Leur maison ne leur appartient déjà plus. Elle est toute vide : ils ont vendu la plupart de leurs meubles. “On signe l’acte pour la maison le 20 février et le 21 on part!” Ils vont s’établir dans une petite ville, à 300 km d’Istanbul. Cakir Polat, le mari d’Ozlem, a de la famille là-bas.

Ils ne partent pas pour les mêmes raisons que leur oncle. Ozlem Oksuz porte le voile depuis deux ans. Elle a dû subir des critiques : “J’ai des remarques genre “voilà la terroriste”, ou “oh mon Dieu, sauvez-nous!”  » D’autres personnes qui la saluaient auparavant changent désormais de trottoir quand elles la croisent. “Ça me blesse.” Alors elle a l’impression qu’elle vivra mieux en Turquie : “A Istanbul, on accepte les deux cultures, les voilées et les non voilées. Il y a des gens en mini-jupes et des gens voilés!”

Elle ne rejette pas pour autant la Belgique. Elle sait ce qu’elle lui doit, et elle n’échangerait pour rien au monde ses amis belges : “Une partie de mon coeur va rester ici”.

L’envers du décor

Sinane Logie, lui, a déjà fait le voyage. Il est arrivé à Istanbul il y a 3 ans. En tant qu’architecte mais aussi en tant que citoyen, il a participé aux manifestations de l’été dernier, place Taksim. “C’est passionnant, c’est une ville qui est tellement jeune… 50% de la population a moins de trente ans en Turquie donc c’est encore un pays où les gens se battent pour leurs idées. C’est peut-être ce qui me manquait un peu en Belgique où finalement on a atteint un tel confort que maintenant la vie est un long fleuve tranquille!”

Comme Levent Okzus, c’est aussi le dynamisme économique qui l’a attiré. Mais, une fois sur place, il a découvert le revers de la médaille. “Tout ce dynamisme économique cache aussi une misère profonde, des droits des travailleurs souvent bafoués par rapport à ce qu’on connaît en Europe. Ici on découvre vraiment l’économie néo-libérale dans toute sa fureur. La vie humaine n’a pas trop de valeur. C’est un des pays où il y a le plus grand taux d’accidents de travail. Il y a pratiquement 3 ouvriers qui meurent chaque jour en Turquie.”

Sinane Logie a aussi connu d’autres difficultés. Il a tenté de faire son trou en tant qu’architecte et cela n’a pas été facile : “ C’est un pays qui est très népotique. C’est difficile de se faire un réseau. Il faut connaître des gens pour que les portes s’ouvrent.Personne ne m’a ouvert de portes, il a fallu gratter à chaque porte. J’ai eu quelques moments de désespoir mais le bilan reste positif.”

Hamdi Gargin, lui, s’est fait sa place en politique. Il est potentiel candidat aux prochaines élections municipales, dans un arrondissement d’Istanbul. Il est membre du CHP, le Parti républicain du peuple, le principal parti d’opposition. Il a grandi à Schaerbeek et vit en Turquie depuis 10 ans. Alors, est-il assez turc que pour se faire élire? “La question est provocante. Oui, sans hésitation. Je ne me pose pas de question par rapport à mon identité turque. La langue turque reste ma première langue. Pour moi, l’identité belge ou turque n’est pas exclusive; On peut se sentir turc et belge. Et je pense que mon identité turque suffit à me présenter aux élections après 10 années de présence à Istanbul.”

L’étranger ?

Mustafa Sivridag, un de ses collègues politiques nous donne son avis sur la question : “Je ne fais pas de distinction du fait qu’il soit belge. Je le vois vraiment en tant que citoyen turc. Je fais de la politique avec lui dans cette logique. Je ne lui ai jamais fait sentir qu’il était étranger.” Mais la suite de sa réponse est ambigüe : “Ça peut engendrer une certaine contrariété, parce qu’en fait, en Turquie, même si on voit quelqu’un différemment, même si on garde en tête qu’il a été éduqué à l’étranger, on ne va jamais le lui faire sentir. Mais bien sûr, le fait que des personnes bien formées à l’étranger reviennent en Turquie, c’est un avantage pour le pays!”

C’est vrai que, d’après une étude de l’Université d’Anvers, la plupart des Belges d’origine turque qui partent vivre en Turquie sont hautement qualifiés. C’est le cas de Yasemin Can, 31 ans, elle est avocate. Elle aussi a été séduite par le dynamisme de la Turquie. Elle est contente de son expérience mais les débuts n’ont pas été faciles : “Je pensais qu’en venant ici j’aurais plus de facilités à m’intégrer mais en fait, même si je suis d’origine turque, j’ai aussi dû faire un effort d’intégration ici.”

“On ne parlait pas la même langue”

Sa collègue, Tuba Karali, vient aussi de Belgique. Elle est mariée à un “Turco-Turc” dont elle a deux enfants. Elle est arrivée à Istanbul il y a déjà 7 ans. A l’époque, elle pensait être la seule à faire ce voyage, mais elle s’est vite rendu compte que beaucoup d’autres étrangers d’origine turque viennent vivre ici : “Ça commence à se développer de plus en plus. En fait, tout le monde commence à venir. Il y a plein de choses qui font qu’on a envie de revenir. Quand on est né turc dans un autre pays, on se pose toujours la question de savoir ce qui se passerait si on vivait en Turquie. C’est vraiment la question que tout le monde se pose en fait.”

Commentaires»

No comments yet — be the first.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :