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« Erdogan est prêt à prendre tous les risques » 31 mars 2014

Posted by Acturca in Middle East / Moyen Orient, Turkey / Turquie.
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Le Temps (Suisse) lundi 31 mars 2014

Propos recueillis par Luis Lema

La politique syrienne du gouvernement turc est irrationnelle et menaçante, selon le spécialiste Yasin Atlioglu.

Les élections turques se sont déroulées en pleine fièvre, à la suite des fuites qui semblent démontrer l’utilisation, par Ankara, du conflit syrien à des fins électorales. Professeur à l’Université Nigde, Yasin Atlioglu est un spécialiste de la Syrie et des relations de ce pays avec la Turquie. Il n’écarte pas une fuite en avant du pouvoir.

Le Temps: La Syrie, enjeu turc? Les récentes révélations (qui ont amené le gouvernement à interdire YouTube) ont fait l’effet d’une bombe…

Yasin Atlioglu: Si le contenu des fuites est réel, cela signifie que ceux qui dessinent la politique étrangère turque ont planifié des opérations en Syrie et soutenu les groupes armés depuis 2011. En réalité, ce n’était pas réellement un secret, tant les médias et l’opposition ont souvent montré leurs suspicions à cet égard. Cependant, le gouvernement de l’AKP a multiplié les démentis. Ce qui apparaît clairement aujourd’hui, c’est que derrière la rhétorique de la « démocratisation » de la Syrie, il n’y avait aucun désir honnête d’encourager une transition pacifique.

Est-ce vraiment une surprise?

Durant ces trois dernières années, la Syrie s’est transformée en un problème local pour la Turquie. L’AKP a transformé la frontière avec la Syrie en une zone de libre passage pour les armes et les combattants, facilitant les activités des groupes armés. Son but était de légitimer une intervention armée en Syrie. Du fait du climat d’oppression entretenu par le gouvernement, cette question n’a pas vraiment pu être débattue au sein de l’opinion publique turque. Mais les Turcs n’étaient pas dupes, et les réticences de l’opinion ont été la principale raison pour laquelle une opération militaire n’a pas pu être menée en Syrie.

Puis sont arrivées ces fuites…

A l’approche des élections, la tension politique a beaucoup augmenté. A partir de 2013 et des événements de la place Gezi [à Istanbul], l’alliance conservateurs/islamistes s’est divisée en deux groupes. La lutte politique entre le gouvernement et le mouvement Gülen (du nom de Fethullah Gülen, figure religieuse habitant aux Etats-Unis) a amené une forte polarisation et le chaos dans les structures de l’Etat turc. Récemment, le premier ministre Erdogan a déclaré illégal le mouvement Gülen, dont on suspecte qu’il a une forte présence au sein de la police et du pouvoir judiciaire. Mais dans cette bataille, l’AKP a deux points faibles: la corruption et sa politique étrangère.

Que va-t-il se passer maintenant?

A mon avis, ces révélations rendent beaucoup plus difficile la continuation d’une politique agressive à l’égard de la Syrie. Toutefois, on ne peut pas exclure une fuite en avant. La politique étrangère menée par l’AKP est réellement irrationnelle, menaçante et répondant à des critères exclusivement politiques. Pour garder le pouvoir, Erdogan est prêt à prendre tous les risques.

Y compris celui de soutenir les plus extrémistes? La semaine dernière, un djihadiste kosovar, qui a vécu en Suisse, a été arrêté après avoir tué trois personnes en Turquie…

La guerre civile en Syrie et le chaos encouragé par le gouvernement turc ont eu un gros impact sur la stabilité interne et la sécurité en Turquie. D’un côté, le gouvernement turc a soutenu ces groupes, et de l’autre, il s’inquiète des menaces que peut représenter pour le pays l’Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL), dont était membre l’homme que vous évoquez. Il n’est pas simple de cerner l’EIIL. Qui le soutient? Mystère. Il est très vraisemblable que cette organisation soit un sous-traitant, sous le contrôle des services secrets de plusieurs pays. Quoi qu’il en soit, la Turquie se trouve aujourd’hui devant un dilemme vis-à-vis de ces organisations, non seulement l’EIIL, mais aussi le Front Al-Nosra ou le Front islamique qui, selon moi, représentent tous de graves menaces pour la Turquie.

Quel est le rôle de l’armée turque?

– L’armée s’est tenue à l’écart de la politique nationale depuis l’accession au pouvoir de l’AKP. La hiérarchie militaire semble être sous le contrôle des autorités civiles. C’est pourquoi Erdogan n’a pas trop à se soucier de ses réactions. Si une attaque des islamistes devait survenir, par exemple sur la tombe de Shah Suleiman (une enclave turque située en Syrie, où serait enterré le petit-fils du fondateur de l’Empire ottoman), elle jouerait son rôle sans sourciller, dans le sursaut nationaliste qui agiterait immanquablement l’opinion turque.

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