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Faut-il craindre une prolifération nucléaire au Moyen-Orient ? 26 mai 2010

Posted by Acturca in Middle East / Moyen Orient, Turkey / Turquie.
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Le Monde (France), 26 mai 2010, p. 6

Natalie Nougayrède

D’autres pays risquent-ils de suivre l’exemple de l’Iran ? La diplomatie peut-elle freiner cette  » cascade  » ?

Le danger d’un engrenage au Moyen-Orient : Barack Obama et d’autres dirigeants occidentaux mettent en avant ce péril pour demander l’arrêt des travaux nucléaires de l’Iran. En s’approchant comme il le fait de l’arme nucléaire, l’Iran cherche à s’imposer comme une puissance de premier rang et pose aux autres grands acteurs du Moyen-Orient un problème majeur d’équilibre régional et de prestige. L’Arabie saoudite, l’Egypte et la Turquie pourraient être à leur tour tentées de se lancer dans des activités nucléaires en jouant sur la ligne ténue qui sépare le civil du militaire.

La grande crainte est de voir apparaître, au XXIe siècle, un Moyen-Orient multipolaire et nucléarisé. La dissuasion, qui avait fonctionné entre les deux  » grands  » de la guerre froide, est une hypothèse incertaine dans une région où les conflits n’ont pas manqué ces soixante dernières années. Aujourd’hui, Israël est le seul Etat de la zone à détenir la bombe atomique, sans le déclarer.

Plus d’une dizaine de pays du monde arabo-musulman, ainsi que la Turquie, ont manifesté un regain d’intérêt pour le nucléaire civil, invoquant des besoins énergétiques. Or la technologie, si elle n’est pas encadrée, peut être détournée vers la fabrication de l’arme atomique. Aucun pays ne dit vouloir la bombe. Mais de nombreux experts estiment qu’une sourde compétition a commencé.

La découverte de programmes nucléaires clandestins en Iran (2002), en Libye (2003) et en Syrie (2007) a démontré les failles des mécanismes de contrôle international. Ce thème figure au coeur de la conférence d’examen du traité de non-prolifération (TNP) de 1968, qui se tient jusqu’au 28 mai à New York.

Arabie saoudite : pour contrebalancer l’Iran Le royaume saoudien pourrait s’appuyer sur sa relation privilégiée avec le Pakistan, pays détenteur de la bombe. Lors d’un séminaire organisé début mai à Bruxelles par le groupe de réflexion German Marshall Fund, des experts occidentaux ont jugé très crédible l’hypothèse selon laquelle l’Arabie saoudite a passé dans les années 1980 un accord avec Islamabad. En échange de financements pour le programme nucléaire pakistanais, les Saoudiens auraient obtenu la promesse d’une aide pour acquérir l’arme atomique.

 » L’Arabie saoudite veut la bombe pour contrebalancer l’Iran « , commentait une source liée aux milieux du renseignement qui ajoutait :  » Le plus probable est qu’elle demandera au Pakistan de lui livrer 5 à 7 engins « , qui stationneraient sur le sol saoudien. A Londres, l’expert Mark Fitzpatrick de l’International Institute for Strategic Studies, auteur en 2008 d’un rapport fouillé sur le risque de  » cascade  » nucléaire au Moyen-Orient, affirme que  » les signes d’un accord saoudo-pakistanais se sont intensifiés  » ces dernières années.

Aucune preuve n’est cependant fournie. L’Arabie saoudite n’a pas d’infrastructures nucléaires. Les Etats-Unis ont indiqué en 2009 qu’ils pourraient offrir un  » parapluie  » nucléaire, mais pour des raisons politiques, le pouvoir saoudien pourrait trouver pareille dépendance difficile à assumer, ont estimé les experts réunis à Bruxelles.

Egypte : un savoir-faire technologique Au Moyen-Orient, après l’Iran,  » le principal risque d’enchaînement nucléaire est égyptien « , affirme l’expert Bruno Tertrais, de la Fondation pour la recherche stratégique, à Paris. L’Egypte  » réunit tous les facteurs : un savoir-faire technologique, la recherche du symbole de leadership dans le monde arabe, la perception de l’Iran comme une menace à ses frontières en raison de l’influence de Téhéran à Gaza, et le fait que l’idée d’une Egypte nucléaire ne rencontrerait en interne aucune opposition politique « , analyse-t-il.

L’Egypte proteste de sa bonne foi et milite pour un  » Moyen-Orient exempt d’armes nucléaires « , slogan qui vise en premier lieu Israël. Selon l’expert Mark Hibbs de la fondation américaine Carnegie, les problèmes économiques de l’Egypte sont tels que le pays pourrait difficilement se lancer dans l’aventure de l’atome militaire. L’aide financière massive apportée par les Etats-Unis peut agir comme un levier dissuasif.

Mais l’idée d’acquérir la bombe n’est plus taboue au Caire. Elle a été évoquée en privé par des membres de l’élite dirigeante, et elle a été débattue en 2009 à la Chambre haute du Parlement, note Mark Fitzpatrick.

Les activités nucléaires de l’Egypte, commencées dans les années 1950, ont attiré, en 2004, puis en 2009, des soupçons de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), le bras de vérification de l’ONU. L’Egypte refuse de soumettre ses installations à un mécanisme d’inspections élargies de l’AIEA.

Turquie : accord de coopération avec la RussieMembre de l’OTAN, candidate à l’Union européenne, la Turquie serait en principe freinée, dans une course régionale à l’atome, par des paramètres politiques. Elle bénéficie en outre du  » parapluie  » nucléaire des Etats-Unis, qui entreposent depuis les années 1950 des bombes nucléaires dites  » tactiques  » sur leur base d’Incirlik, dans le sud du pays. Mais le maintien de ses ogives pourrait devenir incertain, dans le contexte du désarmement nucléaire prôné par M. Obama. Et le gouvernement turc, islamiste modéré, donne, sur bien des dossiers, le sentiment de glisser hors de l’orbite occidentale.

Les experts conviés par le German Marshall Fund ont tous jugé que la Turquie pourrait difficilement rester les bras croisés si l’Arabie saoudite et l’Egypte exerçaient une option nucléaire pour éviter une domination iranienne. La grande nouveauté est la conclusion, début mai, d’un accord de coopération nucléaire entre la Turquie et la Russie, pays moins regardants que les Occidentaux en matière de non-prolifération.  » La Russie est le seul pays à avoir accepté de participer à l’appel d’offres turc, relève Mark Hibbs. Cela suscite des inquiétudes, notamment sur le devenir du combustible nucléaire usé.  » Extraite des centrales nucléaires, cette matière peut être utilisée dans le domaine militaire.

Syrie : les soupçons des renseignements américains Alliée de l’Iran, la Syrie est soupçonnée de développer des activités nucléaires illicites en coordination avec son voisin chiite. Le 6 septembre 2007, l’aviation israélienne a bombardé le site d’Al-Kibar, dans le désert syrien, où se construisait secrètement, selon les renseignements américains, un réacteur nucléaire de type nord-coréen. Ce modèle produit du plutonium utilisable dans une arme nucléaire. La Syrie a dressé depuis 2008 de nombreux obstacles à l’enquête de l’AIEA dont elle fait l’objet. Elle refuse l’accès des inspecteurs à trois sites militaires.

La contagion nucléaire au Moyen-Orient n’est pas considérée comme une certitude, mais elle est redoutée. C’est notamment pour tenter de la prévenir que les Etats-Unis ont renforcé en janvier leur déploiement militaire dans le Golfe. En apportant des assurances de défense à leurs alliés, les Etats-Unis veulent les dissuader de se tourner à l’avenir vers l’atome comme moyen de se sanctuariser. C’est en priorité au Moyen-Orient que se joue la crédibilité du régime de non-prolifération.

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