jump to navigation

Fazil Say raconte ses histoires sur 88 touches 3 novembre 2011

Posted by Acturca in Art-Culture.
Tags: , , , ,
trackback

Tribune de Genève (Suisse) jeudi 3 novembre 2011, p. 26

Sylvie Bonier

Le pianiste turc vient jouer Gershwin ce soir, grâce aux Amis de l’OSR

Il ne change pas, Fazil Say. Depuis sa première apparition il y a quinze ans à Genève, en remplacement in extremis de Vladimir Ashkenazy, il a gardé intacts son naturel et sa foi inextinguible en la liberté musicale.

«Louise-Antoinette Lombard avait pris un énorme risque en programmant un jeune pianiste turc inconnu de 25 ans pour remplacer une star dans sa série des grands interprètes Caecilia. Je lui suis très reconnaissant de m’avoir fait confiance avec tant de détermination. J’ai gardé, depuis, un attachement particulier à cette ville. Et au Victoria Hall, qui est pour moi une des meilleures salles d’Europe. L’acoustique et l’atmosphère y sont magnifiques. Et j’apprécie aussi beaucoup le piano. »

Pourtant, pour un pianiste, il n’est pas toujours évident de trouver les conditions idéales réunies

C’est vrai que nous avons une vie étrange par apport aux autres instrumentistes. Un chanteur ou un violoniste ne doit s’adapter qu’à la sonorité et aux particularités des lieux, et du public. Nous avons un instrument nouveau à rencontrer chaque fois. Il y a les robustes qui résistent et ne nous laissent pas faire ce qu’on veut. Les trop faciles qui échappent au contrôle. Les séduisants qui déçoivent à la longue, les brillants mais creux: en fait, des individus qu’il faut savoir faire vibrer le mieux possible selon nos désirs. Le meilleur est celui qui nous autorise toutes les libertés.

Vous parlez de chanter et quand vous jouez, votre voix suit la musique. Pourquoi?

Pour permettre aux marteaux du piano de sortir de la percussivité. Vous trouvez que je chante trop fort? Chez moi, c’est un besoin d’extérioriser et de faire mieux couler le son. Le piano a besoin qu’on l’aide à chanter.

Vous venez jouer Gershwin ce soir. Que représente ce compositeur pour vous?

Il est intéressant car il évolue entre jazz et classique. Les préjugés qu’il véhicule sont parfois problématiques. Les gens l’associent à de la musique de divertissement. Or il est beaucoup plus profond et subtil que ça. Pour moi, si Mozart soulève des images d’opéra dans mon imaginaire pianistique et convoque des chanteurs comme Fischer-Dieskau ou Maria Callas, j’ai Ella Fitzgerald, Duke Ellington ou Miles Davis dans la tête quand je joue Gershwin.

Vous avez besoin de raconter des histoires avec votre clavier?

J’en ai toujours eu besoin, depuis l’âge de 5 ans où mon professeur, chez qui je prenais des leçons quatre fois par semaines, me donnait comme exercice des improvisations à faire sur ce que je vivais chaque jour. Je joue et je compose comme ça. La technique musicale seule, pour moi, ce n’est rien. Si l’imaginaire ne suit pas, si les aléas de la vie ne font pas évoluer une interprétation à chaque fois de façon différente, ça ne vaut pas la peine.

Le contact avec le public vous paraît-il supérieur aux enregistrements?

Pour l’aspect émotionnel, certainement. En concert, certains états de grâce ou d’extase peuvent provoquer des dérapements. On peut s’autoriser quelques fautes, c’est humain. En disque, on se situe dans un registre plus froid. On peut corriger les erreurs. Et la correction, en musique, c’est le gel.

Votre dernier CD marie Prokofiev, Janácek et Moussorgski. Une parenté?

Il y a dans l’ordre le Soviétique, le Russe et le Tchèque. Qui racontent, chacun à sa manière, des histoires tragiques. Prokofiev plonge dans le drame extrême et la tristesse. Moussorgski est un précurseur, libre. Sa musique est la mère de celles de Stravinski ou de Chostakovitch. Janácek raconte le pire avec poésie.

Des oeuvres techniquement difficiles

La vraie difficulté, c’est de traduire et faire passer les émotions et de stimuler l’imagination. Les doigts ne sont que des outils.

Victoria Hall. Jeudi 3 à 20 h. Rens: 022 807 00 00.

Commentaires»

No comments yet — be the first.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :