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Printemps arabe: Les jeunes patrons égyptiens rêvent de puissance 10 novembre 2011

Posted by Acturca in Economy / Economie, Middle East / Moyen Orient, Turkey / Turquie.
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L’Usine Nouvelle (France) no. 3261, jeudi 10 novembre 2011, p. 46

Par Anne-Sophie Bellaiche

La nouvelle génération d’entrepreneurs veut prolonger sur le plan économique le mouvement de libéralisation politique. Son modèle économique : la Turquie. Rencontre au G20 Yes, le sommet des jeunes patrons, la semaine dernière à Nice.

L’économie égyptienne

Population 82 millions d’habitants
PIB 498 milliards de dollars
Croissance 1,2 % en 2010 contre 5,1 % en 2011
Principaux partenaires à l’exportation États-Unis, Italie, Inde (la France se classe sixième)
Principaux partenaires à l’importation États-Unis, Chine, Allemagne

« Avec la révolution, la fierté d’être Égyptien est revenue. Il y a un formidable appétit pour le futur, s’enflamme Ahmed Mashour, jeune chef d’entreprise égyptien, distributeur de machines agricoles allemandes. Toute l’énergie que la population a mise pour changer le régime politique de notre pays, nous allons l’utiliser pour le développement économique. » Avec cinq autres camarades de l’Egyptian junior business association (EJB), Ahmed dresse le portrait d’une nouvelle génération d’hommes d’affaires qui veut mettre sur les rails un système économique post-printemps arabe. Invités du G20 Yes (pour « young entrepreneur summit »), à Nice le 1er novembre, ils en ont profité pour promouvoir leur pays qui, pour l’instant, ne fait pas partie du groupe des Vingt. Mais s’il y a un jour un G21, cette jeune garde du business ne voit pas pourquoi, elle ne serait pas en tête de la liste des candidats. Après tout son pays est loin d’être une quantité négligeable : le PIB de l’Égypte est supérieur à celui de l’Arabie saoudite et sa population est deux fois plus nombreuse que celle de l’Argentine.

Mais dans le subtil équilibre de la gouvernance mondial, le pays des pharaons n’a pas encore trouvé sa place. Ce temps viendra, pensent ces chefs d’entreprises, qui puisent dans un mélange de patriotisme et d’énergie entrepreneuriale le courage d’affronter une situation qui n’est pas rose. La révolution, qu’ils disent tous avoir soutenue activement, a fragilisé l’économie nationale en déstabilisant son secteur touristique et en freinant les investissements. La croissance du PIB risque de chuter de plus de 4,5 point en 2011 pour atteindre 1,2 %. Farid Hossam, patron de Allweiller Farids Pumps Co., une entreprise de 900 collaborateurs spécialisée dans les pompes et moteurs, a vu son chiffre d’affaires plonger de 30 % en un an. Pourtant, pas question de baisser les bras. « Nous essayons de tenir, nous n’avons licencié aucun collaborateur, explique Farid Hossam. Nous avons taillé dans les heures supplémentaires. En Égypte, une entreprise c’est comme une famille, si vous virez des gens, vous perdez la loyauté de vos autres salariés. » Les 600 chefs d’entreprise membres de l’EJB se sont ainsi engagés à ne pas réduire leur effectif. Selon l’organisation, 90 % y seraient parvenus. Objectif : tenir le coup tout en orientant les réformes structurelles à venir.

Un changement de culture attendu

Ils n’attendent pas de l’armée, qui assure la transition jusqu’aux élections du 28 novembre, qu’elle joue un rôle politique, mais qu’elle assure la sécurité et la stabilité du pays. Du prochain gouvernement, ils espèrent un changement de culture. « Nous voulons une administration qui accélère la modernisation, une transparence des règles et de la justice », annonce Mohamed Mourad El Zayat, dirigeant de Pharaoh-Tech, une entreprise d’ingénierie. Selon Éric Gobe, chargé de recherches au CNRS, l’Égypte de Hosni Moubarak a poursuivi l’ouverture au privé engagée par Sadate, mais elle ne s’est jamais résolue à perdre le contrôle de secteurs stratégiques de l’économie qui lui permettent de redistribuer des ressources. Résultat : « Un capitalisme de copains profite à des hommes disposant d’un maximum de capital social et d’un accès privilégié à l’État, précise Éric Gobe. L’amalgame de sous-règlementations et de surréglementations favorise les interprétations contradictoires de la bureaucratie et crée un terreau fertile à l’arbitraire et à la corruption. » Ce système favorise les rentes, au détriment de l’efficacité du secteur productif. Pour forcer l’évolution, les jeunes entrepreneurs ont mis au point un agenda qui permettra, selon eux, de créer un environnement compétitif qu’ils promeuvent auprès du gouvernement et des partis.

À Nice, ils sont venus chercher de l’air frais, réseauter et identifier les meilleures pratiques pour développer l’écosystème entrepreneurial. « Nous voulons aussi comprendre le chemin qu’on prit les économies de l’est de l’Europe, d’Amérique latine et surtout de Turquie pour se développer », dévoile Omar Sabbour, qui opère dans le tourisme.

La Turquie suscite particulièrement l’admiration. Son modèle économique, c’est LA référence. « Les Égyptiens voient que la stabilité politique de notre État démocratique soutient une forte croissance, reconnaît Hüsnü Özyein, président de la banque Fiba Holding, et ils se sentent culturellement plus proches de nous que des pays occidentaux. » Dès 2008, l’EJB a créé la Mediterranean young entrepreneur organization (MYE), dont la présidence est assurée conjointement par un Turc et un Égyptien. Sur l’éventualité d’une arrivée des islamistes au pouvoir au Caire, le jeune groupe s’agace des préventions occidentales. « Il ne faut pas avoir peur de l’islam, car si la gouvernance ne convient pas au peuple, la démocratie sera là pour servir de garde-fou », affirme Mohamed Mourad El Zayat, qui s’exprime dans un anglais parfait. Comme les autres jeunes entrepreneurs égyptiens.

Les patrons sont aussi venus à Nice pour vendre les opportunités d’investissement en Égypte : sa jeune force de travail, la qualité de ses ingénieurs ou sa proximité géographique avec l’Europe. « Nous sommes entre trois et dix jours de transport en bateau depuis l’Europe, explique l’un deux, c’est quand même plus intéressant que de faire venir des produits de Chine. » La jeune génération n’a pas connu l’époque où l’Égypte était le leader du monde arabe, mais elle rêve de renouer avec cette histoire glorieuse. À l’inverse du choix fait dans les années 1950, elle mise sur la démocratie et l’initiative privée. Les jeunes patrons savent que le chemin sera long.

Le soutien du FMI à la transition égyptienne

En juin, l’Égypte a été le premier pays du Moyen-Orient (importateur de pétrole) à signer un accord avec le Fonds monétaire international (FMI), suite aux décisions du G8 de Deauville de soutenir les économies du printemps arabe. Trois milliards d’euros lui ont ainsi été attribués pour boucler son budget 2011-2012 et lui permettre de maintenir la stabilité pendant la période de transition. Les outils : création d’emplois dans le public, assistance des foyers à faibles revenus, crédit pour le secteur privé. Les autorités sont en train d’établir une feuille de route des réformes économiques, qui ne pourront pas être mises en oeuvre avant les élections de novembre

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