jump to navigation

Les raisons du soutien de Téhéran à Damas 21 novembre 2011

Posted by Acturca in Middle East / Moyen Orient, Turkey / Turquie.
Tags: , ,
trackback

Le Monde (France) lundi 21 novembre 2011, p. 1

Editorial

Ce qui est jeu en Syrie va bien au-delà du sort d’une dictature locale, même s’il s’agit de l’une des plus criminelles de la région. Ce qui est en jeu, et qui est en train de vaciller, c’est l’une des alliances stratégiques clés du Proche-Orient. Les Syriens qui défient le régime de Bachar Al-Assad depuis le mois de mars – onze d’entre eux ont été tués vendredi 18 novembre sous les tirs des forces armées – ébranlent l’axe que forment les régimes de Damas et de Téhéran avec leur allié libanais, le Hezbollah.

Cette alliance est au coeur de la stratégie de la République islamique d’Iran pour assurer sa prépondérance sur la région. Si elle s’effondre avec la chute du clan Assad, le profil du Proche-Orient en sera changé, et plutôt pour le mieux, tant ce trio constitue une manière de front du refus. Il est notamment opposé à toute évolution du dossier israélo-palestinien – même si on ne peut lui imputer l’impasse des négociations entre les deux parties.

La Ligue arabe devait décider samedi si, après avoir suspendu la Syrie de ses rangs, elle choisissait maintenant de prendre des sanctions économiques contre elle. La Ligue agit par lassitude : elle a maintes fois exhorté Damas à arrêter la répression et à ouvrir un dialogue avec l’opposition. En vain. Le président Assad a fait preuve d’un autisme complet, qui explique son isolement croissant.

Mais la Ligue agit aussi dans un cadre plus large, celui d’une sourde bataille régionale, une sorte de guerre froide qui oppose l’Iran à l’Arabie saoudite, cette dernière opérant en tant que chef de file dans le monde arabe. Celui-ci, et tout particulièrement les pays du Golfe, redoute les velléités de domination de la République islamique. Il considère que l’accord stratégique noué au début des années 1980 entre l’Iran et la Syrie est l’une des armes de Téhéran pour asseoir son influence sur la région.

On peut y voir une logique religieuse. Soutenue financièrement par Téhéran, la famille Assad s’appuie sur son clan, les alaouites, une dissidence de l’islam chiite, lequel est majoritaire en Iran, tout comme il domine dans les rangs du Hezbollah libanais.

Le Liban et l’Irak – où la majorité chiite est au pouvoir – sont deux des rares pays de la Ligue arabe à avoir voté contre la suspension de la Syrie. Ainsi, ce qui serait ébranlé, si le régime syrien tombait, serait un « arc de cercle chiite » face à un monde arabe majoritairement sunnite et qui a reçu dans cette bataille un appui déterminant, celui de la Turquie, elle aussi sunnite.

Ankara agit moins en l’espèce par solidarité religieuse que pour des raisons qui tiennent à sa volonté d’influence régionale. Au pouvoir depuis dix ans à Ankara, le parti islamo-conservateur AKP poursuit une diplomatie conquérante. Aux côtés de l’Iran, deux grandes puissances soutiennent toujours le régime syrien, la Russie et la Chine. Ces deux pays ne peuvent plus indéfiniment prendre le risque de jouer les béquilles d’une dictature sanguinaire, chaque jour un peu plus isolée dans le monde arabe.

Commentaires»

No comments yet — be the first.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :