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Jean Marcou : « Erdogan ne semble pas avoir pris la mesure de l’événement » 5 juin 2013

Posted by Acturca in Istanbul, Turkey / Turquie.
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Le Figaro (France) no. 21410, mercredi 5 juin 2013, p. 3

Propos recueillis par Arielle Thedrel

Jean Marcou est professeur à l’Institut d’études politiques de Grenoble et spécialiste de la Turquie.

Le Figaro. – Peut-on déjà parler de « Printemps turc » ?

Jean Marcou. – Nous sommes plutôt dans un mouvement citoyen du type Indignés qui risque de perdurer. Il s’inscrit dans une série de conflits sociaux, par exemple la grève des ouvriers de l’entreprise d’État Tekel en 2009 ou bien les mouvements de contestation dans les universités en 2010 puis 2012… La nouveauté, c’est que le mouvement de protestation a gagné de nombreuses villes et que nous ne sommes plus dans des revendications sectorielles.

Il reflète l’inquiétude qu’inspire l’évolution de l’AKP à une partie de l’opinion publique. Après trois législatures successives, l’AKP a de plus en plus de pouvoir et le fait sentir. Il s’appuie sur la légitimité des urnes pour imposer son projet de société : réforme du système éducatif au profit des établissements religieux, tentative de réduction du délai légal pour avorter, restriction des ventes d’alcool.

Plus grave, l’élaboration de la nouvelle Constitution s’enlise et l’AKP est soupçonné de vouloir faire passer son propre texte par le biais d’un référendum. Or cette nouvelle Constitution, qui visait au début à renforcer l’État de droit, ambitionne maintenant d’instaurer un régime présidentiel qui permettrait à Recep Tayyip Erdogan de rester au pouvoir jusqu’en 2023.

C’est d’autant plus inquiétant que l’opposition, faible et divisée, n’apparaît pas comme une alternative crédible. Enfin, le conflit syrien et la crainte qu’il ne déstabilise la Turquie ont remis en cause les choix diplomatiques proclamés ces dernières années par l’AKP, notamment sa politique de réconciliation avec le régime de Bachar el-Assad. La Syrie se révèle aujourd’hui un piège pour la Turquie.

Erdogan est-il sérieusement menacé, y compris par une intervention de l’armée ?

Je ne crois pas pour le moment que la situation soit assez grave pour légitimer une intervention de l’armée. En ce qui concerne Erdogan, sa réaction est assez déconcertante. On a l’impression qu’il n’a pas pris la mesure de l’événement. Il a fallu l’intervention du président Abdullah Gül pour qu’il se décide à retirer les forces de police qui cernaient la place Taksim. Et puis il y a ces déclarations un peu provocatrices : il s’est vanté par exemple de pouvoir rassembler 200 000 personnes quand « ils rassemblent vingt personnes » . Enfin, il vient d’entamer une tournée au Maghreb qui pourrait être perçue comme une forme de mépris à l’égard des manifestants et qui pourrait radicaliser le mouvement de contestation. Cette intransigeance inquiète jusqu’à ses partisans et compromet sa candidature à la prochaine présidentielle.

Le modèle turc est-il remis en cause ?

Il existe une spécificité de la Turquie, qui vit depuis environ un siècle sous un régime de droit séculier. En Turquie, il n’y a jamais eu de débat sur l’application de la charia comme en Tunisie, en Égypte ou en Libye. Ce qui est sûr, c’est que ce modèle devait beaucoup à Erdogan et que l’image du premier ministre turc sort ternie de cette affaire.

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