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Le Kosovo ravive les rêves séparatistes dans le Caucase 6 mars 2008

Posted by Acturca in Caucasus / Caucase, Russia / Russie, South East Europe / Europe du Sud-Est.
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Le Monde (France), 7 mars 2008, p. 4

Marie Jégo

L’indépendance du Kosovo donne des ailes aux provinces séparatistes non reconnues de l’ex-URSS. L’Ossétie du Sud, région séparatiste pro-russe du nord de la Géorgie, a demandé à la Russie, à l’ONU et à l’Union européenne, mercredi 5 mars, de reconnaître son indépendance. Proclamée en 1990, celle-ci n’a jamais été reconnue par aucun Etat. L’Abkhazie, autre république autoproclamée de Géorgie, va lui emboîter le pas, a prévenu mercredi son président, Sergueï Bagapch.

 » Le soi-disant Parlement d’Ossétie du Sud n’a aucune légitimité et ses déclarations ne peuvent avoir aucune conséquence « , a réagi Temour Iakobachvili, ministre géorgien en charge de la résolution des conflits. La Géorgie, affaiblie par la perte d’un tiers de son territoire, n’a cessé de mettre en garde contre le précédent créé par l’indépendance du Kosovo, qu’elle n’entend pas reconnaître.

La déclaration du Parlement ossète met en avant le droit à l’autodétermination. Le précédent du Kosovo, autorisé à rompre avec la Serbie après les nettoyages ethniques des années Milosevic, vaut aussi pour l’Ossétie du Sud, déterminée  » à ne plus vivre avec la Géorgie au sein d’un même Etat « . D’ailleurs, la population est détentrice à 99 % de passeports russes, est-il souligné.

Engagées dans des conflits armés contre les forces géorgiennes à la fin des années 1990, ces confettis de l’ex-empire soviétique, soutenus à bout de bras par la Russie, entretiennent des relations tendues avec Tbilissi.

Petit à petit, les ponts avec la Géorgie ont été coupés. En Ossétie comme en Abkhazie, le rouble – et non le lari, la monnaie géorgienne – a cours, la contrebande fleurit (voitures, cigarettes, essence). Les hommes d’affaires russes acquièrent des propriétés en Abkhazie. En Ossétie du Sud, Gazprom construit un gazoduc reliant la Fédération de Russie à la province.

Evoquée à maintes reprises, y compris par le président russe Vladimir Poutine, la reconnaissance par Moscou des territoires séparatistes d’Abkhazie et d’Ossétie du Sud est peu probable. Elle serait un précédent dangereux dans une zone – le nord du Caucase – où la tentation du séparatisme est latente. Et qu’apporterait-elle de plus à la Russie, maître du jeu dans ces régions ? Le 13 mars, le Parlement russe devrait adopter des mesures pour le renforcement des liens économiques ; mais d’indépendance, il ne devrait pas être question.

Plus au sud, le territoire du Haut-Karabakh, autre braise d’un conflit mal éteint entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan, a été le théâtre, mardi 4 mars, de tirs meurtriers dans la région de Mardakert. Huit soldats azerbaïdjanais auraient perdu la vie selon Erevan, quatre selon Bakou. Là encore, la question du Kosovo taraude les esprits. Les autorités de Bakou craignent la reconnaissance de la république arménienne autoproclamée du Haut-Karabakh. Mécontent, le Parlement azerbaïdjanais a voté, mardi, le rappel des forces de paix (34 hommes) envoyées en 1999 dans la province albanaise.

Fort de la meilleure croissance de l’aire post-soviétique (30 % en 2007), l’Azerbaïdjan, riche en pétrole, ne fait pas mystère de son désir de récupérer par la force les territoires occupés autour du Haut-Karabakh, comme l’a répété mardi le président Ilham Aliev. Vidés de leur population lors du conflit armé entre 1991 et 1994, sept districts azerbaïdjanais contigus à la province séparatiste sont occupés par les Arméniens du Karabakh, peu pressés de les restituer.

Alors que les braises des conflits mal éteints rougeoient, les budgets militaires des trois États de Transcaucasie ne cessent d’augmenter. L’Azerbaïdjan, qui consacrait 175 millions de dollars à la défense en 2004, a dépensé 1 milliard de dollars en 2007. L’Arménie ne veut pas être en reste. Son budget militaire est passé de 82 millions de dollars en 2004 à 300 millions en 2007. Mais la plus forte augmentation des dépenses militaires revient à la Géorgie. Engagée dans un projet d’intégration à l’OTAN, elle a consacré 600 millions de dollars à sa défense en 2007, soit le montant du budget total du pays en 2003.

L’existence de ces micro-Etats sans statut, véritables zones grises, pèse sur le développement économique de la zone. La coopération régionale est rare, les haines sont tenaces. Les Azerbaïdjanais détestent les Arméniens qui le leur rendent bien. Ossètes et Abkhazes, pétris de rancoeurs envers les Géorgiens, voient en la Russie leur unique planche de salut.

L’Abkhazie, 86e province de la Fédération de Russie ?

A quinze kilomètres de Sotchi, la station balnéaire du sud de la Russie, la rivière Psoou marque la frontière avec l’Abkhazie, république autoproclamée des bords de la mer Noire, non reconnue par la communauté internationale. Au poste frontière, les vendeurs de mandarines et de noisettes se bousculent pour aller écouler leurs marchandises côté russe. Pour la population abkhaze (300 000 personnes) détentrice de passeports de la Fédération de Russie, ce point de passage est l’unique contact avec le reste du monde.

Jadis partie intégrante de la Géorgie, l’Abkhazie en est sortie en 1992 après un conflit qui a fait des dizaines de milliers de morts. La guerre s’est achevée par le nettoyage ethnique de la population géorgienne, chassée après la victoire des Abkhazes soutenus militairement par Moscou. Depuis, la république vit dans un entre-deux, piégée entre ses rêves d’indépendance et son assujettissement à la Russie.

Car le grand voisin du Nord ne se contente pas de distribuer les passeports ; il fournit le rouble, paye les retraites, a restauré la voie ferrée Moscou-Soukhoumi. Des hommes d’affaires russes – réputés proches du maire de Moscou Iouri Loujkov – se sont mis récemment à acheter hôtels, villas et anciens centres de vacances. A l’époque tsariste puis soviétique, le littoral abkhaze a toujours été le lieu de villégiature préféré de l’élite. Staline n’y avait pas moins de cinq villas. En 2007, 1,5 million de touristes russes sont venus en visite. Gagra et Pitsounda, les villes du nord de l’Abkhazie, sont presque désormais des banlieues de Sotchi.

Erik, qui fait la navette entre le poste frontière et Soukhoumi, la capitale, est  » reconnaissant à Poutine pour avoir donné en 2002 des passeports russes  » à sa famille. Comme 90 % des Abkhazes en âge de voter, il a pris part comme toute sa famille aux élections législatives russes du 2 décembre 2007 et à la présidentielle du 2 mars. Leurs voix, comme celles des 84 000 Abkhazes qui ont voté, ont été ajoutées à celles de la région de Moscou. Erik se sent-il citoyen russe ?  » Ici, les gens veulent l’indépendance.  » Imagine-t-il le retour de l’Abkhazie dans le giron géorgien ?  » Pas question, après ce qui s’est passé.  »

Plaies à vif

Le conflit entre Abkhazes et Géorgiens (1991-1993) est en sommeil, mais les plaies sont à vif. Au sud-est de Soukhoumi, sur la route de Gali, des traces de la guerre sont visibles : maisons incendiées, routes criblées de trous d’obus. Dans ce Caucase du Sud multiethnique, où le contrôle des eaux, des routes et des cols a toujours été l’objet d’âpres luttes entre les montagnards, rien n’est oublié. Et puis, le coupable, c’est toujours l’autre.

Erik ne se souvient plus au juste pourquoi 250 000 Géorgiens sont partis. Près de 20 000 ont été autorisés à rentrer, à condition de rester dans le district de Gali. Les forces de paix russes sont maîtresses du poste à l’entrée du district.  » Si on fait revenir 200 000 réfugiés géorgiens au milieu de 300 000 Abkhazes, ça sera la guerre « , dit Beslan Boudba, un homme d’affaires qui a fait fortune en Russie.

L’unique trait d’union entre Géorgiens et Abkhazes est un pont et la station hydroélectrique situés sur le fleuve Ingouri, qui marque la limite entre les deux entités. Le système de commande se trouvait côté géorgien et les turbines côté abkhaze ; il a fallu s’entendre.

 » Le fleuve Ingouri sépare la Russie des Etats-Unis « , extrapole Stanislav Lakoba, le secrétaire du Conseil de sécurité, une allusion à la volonté d’adhésion de la Géorgie à l’OTAN.  » Les Etats-Unis ont leurs intérêts en Géorgie, la Russie a les siens en Abkhazie. Si la Géorgie prend le contrôle de notre territoire, il y aura une base de l’OTAN à Psoou, à deux pas de la résidence du président russe à Sotchi « , explique le président Sergueï Bagapch.

Pour lui,  » la reconnaissance du Kosovo pourrait accélérer celle de l’Abkhazie « , déjà  » de facto un pays indépendant « . M. Bagapch place ses espoirs dans les Jeux olympiques de Sotchi en 2014, véritable appel d’air pour l’économie locale :  » Nous pourrons fournir les matériaux de construction, la main-d’oeuvre, nos ports et nos aéroports.  »

Le chef d’état-major de l’armée abkhaze, le général russe Anatoli Zaïtsev, aimerait que l’aéroport de Soukhoumi fonctionne à nouveau, car il est plus adapté que celui de Sotchi. Sur son bureau, une carte où il est écrit  » Riposte en cas d’attaque sur l’Abkhazie « . Au mur, une autre carte, avec le mot  » secret  » inscrit en grosses lettres. Il est tentant de la regarder de plus près. Le général s’inquiète :  » N’auriez-vous pas un appareil photo dans le bouton de votre veste ? « 

Commentaires»

1. Le Kosovo ravive les rêves séparatistes dans le Caucase - 6 mars 2008

[…] blog wrote an interesting post today onHere’s a quick excerptLe Monde (France), 7 mars 2008, p. 4 Marie Jégo L’indépendance du Kosovo donne des ailes aux provinces séparatistes non reconnues de l’ex-URSS. L’Ossétie du Sud, région séparatiste pro-russe du nord de la Géorgie, a demandé à la Russie, à l’ONU et à l’Union européenne, mercredi 5 mars, de reconnaître son indépendance. Proclamée en 1990, celle-ci n’a jamais été reconnue par aucun Etat. L’Abkhazie, autre république autoproclamée de Géorgie, va lui emboîter le pas, a prévenu mercredi son président, Sergueï Bagapch. ” Le soi-disant Parlement d’Ossétie du Sud n’a aucune légitimité et ses déclarations ne peuvent avoir aucune conséquence “, a réagi Temour Iakobachvili, ministre géorgien en charge de la résolution des conflits. La Géorgie, affaiblie par la perte d’un tiers de son territoire, n’a cessé de mettre en garde contre le précédent créé par l’indépendance du Kosovo, qu’elle n’entend pas reconnaître. La déclaration du Parlement ossète met en avant le droit à l’autodétermination. […] […]


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