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Syrie : la Turquie bombe le torse 5 octobre 2012

Posted by Acturca in Middle East / Moyen Orient, Turkey / Turquie.
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Libération (France) vendredi 5 octobre 2012, p. 8

Marc Semo

Ankara a répliqué aux attaques syriennes pour rétablir sa crédibilité militaire face à Damas. L’artillerie turque a continué, hier matin, à bombarder des positions de l’armée syrienne en représailles contre les tirs qui, mercredi, ont tué cinq civils dont un enfant dans le village frontalier d’Akcakale. Saisi par la Turquie, le Conseil de sécurité de l’ONU devait faire une déclaration hier soir condamnant Damas dans ce qui est le plus grave incident armé depuis dix-huit mois entre ces deux pays qui partagent plus de 800 kilomètres de frontière.

Y a-t-il un risque d’escalade ?

«La Turquie ne cherche pas la guerre avec la Syrie, mais elle est capable de protéger ses frontières et de mener si nécessaire des représailles», écrivait hier sur son compte Twitter Ibrahim Kalin, conseiller du Premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan. Très martial, ce dernier déclarait à l’issue d’une réunion de crise que «la Turquie ne laissera jamais impunies de telles provocations du régime syrien qui menacent notre sécurité nationale», tout en rappelant qu’elle agirait «dans le respect du droit international». Le régime syrien a présenté ses condoléances et annoncé l’ouverture d’une enquête, mais Ankara n’en est pas moins déterminé à montrer sa force.

Le Parlement a voté hier par 320 voix (notamment celle de l’AKP, le parti issu du mouvement islamiste au pouvoir depuis 2002), contre 129 (celles du CHP, la principale force de l’opposition de gauche, et du BDP, le parti prokurde) une motion autorisant une opération transfrontalière en cas de nécessité. La mise en garde est donc explicite.

La réaction des autorités est cette fois d’autant plus forte qu’elles avaient été prises au dépourvu en juin lorsqu’un missile sol-air syrien – vraisemblablement tiré avec l’accord des conseillers russes – avait abattu un avion de reconnaissance turc, tuant ses deux pilotes. L’armée avait dès lors renforcé son déploiement à la frontière et annoncé qu’elle répondrait immédiatement à toute menace. D’où cette réaction dure alors que les incidents se multiplient. Sans compter que la Turquie peut se prévaloir du soutien de l’Otan, dont elle est le pilier du flanc sud-est, et de Washington.

Quelle est la stratégie d’Ankara dans cette crise ?

Les autorités turques se trouvent face à un double défi. Celui des réfugiés syriens qui affluent en nombre croissant, officiellement déjà 93 000, et celui de la guérilla kurde. Le régime de Damas, constant soutien des combattants kurdes turcs du PKK qui mènent la lutte armée contre Ankara depuis 1984, a depuis juillet évacué ses forces des zones kurdes du nord de la Syrie. Le PYD, le parti kurde syrien frère du PKK, a pris le contrôle d’une bonne partie de la région, notamment dans le Nord-Ouest, ce qui inquiète les Turcs.

«Nous ne tolérerons aucune menace du PKK, de groupes qui lui sont affiliés ou d’autres organisations terroristes», affirme le ministre turc des Affaires étrangères, Ahmet Davutoglu, répétant aussi que son pays ne peut accueillir plus de 100 000 réfugiés. La frontière avait déjà été fermée début septembre pour ralentir le flot et, désormais, la police turque traque les réfugiés qui se sont installés hors des camps. La population locale, en partie alaouite, leur est toujours plus hostile.

Dans ce contexte tendu, Ankara a plusieurs fois évoqué la création de zones tampons dans le nord de la Syrie pour abriter les civils fuyant les combats avec un dispositif militaire de protection turc… Ce qui permettrait de garder un œil sur les Kurdes. Une solution aussi évoquée à Paris et Washington. Mais la création de telles zones, et leur protection, impliquerait un clair mandat du Conseil de sécurité de l’ONU, où tout est bloqué par les vetos russe et chinois. De fait, aujourd’hui, la Turquie clame se trouver toujours plus seule en première ligne.

Quelle est la marge de manœuvre turque ?

Dans cette crise, Ankara n’a que peu de latitude. L’AKP était resté prudent durant des mois, appelant juste Bachar al-Assad «à écouter son peuple». La normalisation avec la Syrie a été pendant près d’une décennie le pilier de la politique de «zéro problème avec les voisins». «Nous espérions que Bachar serait un Gorbatchev, il a été un Milosevic», dit Davutoglu pour justifier la volte-face de juin 2011. Depuis, Ankara a pris fait et cause pour la «révolution syrienne», accueillant les premières réunions d’un Conseil national syrien dominé par les Frères musulmans et des bases arrière à l’Armée syrienne libre.

Mais l’opinion reste très hostile à toute ingérence en Syrie, cela aussi bien parmi les alévis (un tiers de la population), proches des alaouites syriens, que parmi les sunnites. Un sondage Metropoll relève ainsi que 76% des Turcs sont opposés à une intervention (58% si c’est avec l’Otan) et qu’à peine 28% approuvent la politique de soutien à la révolution syrienne.

Le gouvernement ne peut pas négliger ce facteur même si, après le bombardement d’Akcakale, une bonne partie de la presse demande vengeance. De nombreux Turcs craignent des métastases de la crise dans leur pays avec une montée en puissance des opérations des séparatistes kurdes, voire des tensions entre sunnites et alévis.

La marge de manœuvre des autorités est aussi réduite par la dépendance énergétique du pays qui importe la quasi-totalité de son gaz d’Iran et de Russie, les deux principaux protecteurs de Damas. En outre, l’armée n’est pas au mieux après les enquêtes sur de présumés complots anti-AKP qui ont décapité une partie du commandement.

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